Bobo’disigner

Ah que la vie est belle, nous voici arrivé au grand paradis, oui euh disneyland, sarkoland, un cirque ou ce que l’on veut , les synonymes de paradis ne manquent pas, le tout vous allez comprendre, c‘est que ce soit « design « , d’ailleurs en phonétique les bobos ou les petites pédales cartées ump moulées dans un jean qui leur rentre dans la raie des fesses, chaussées d’une paire de mocassins qu’elles trépignent exagérément pour attirer l’attention bien méritée à leurs dignes personnes, qu’on croirait entendre des talons aiguilles portés par un gorille, prononcent ce terme : « dizzzzzzzaïgnnnnnnnnn « ben moi, parfois et je dis bien parfois, je m’y plais dans cet univers ! si, si, moi je trouve très amusant que ceux qui se croient les spectateurs de ces parcs de loisirs en tout genre, soient en réalité l’attraction, il suffit juste de prendre un pas en avant,observer et surtout écouter : « dizzzzzzzaïgnnnnnnnnn « . il existe aussi une variante régionale, contrairement à nos bobos parisiens et nos gazelles effarouchées du marais : la picardette des folivores ou l’amiénoise bobo de bon goût prononcent ce terme de manière plus accentuée encore : « dizzzzzzzaïgnnnnnnnngneuh « .
Un vrai laboratoire humain avec l’avantage d’être très attractif pour pas un rond, n‘est ce pas ?. Ah ! vous vous demandez pourquoi j’insiste sur ce mot « dizzzzzzzzignnnnnn (gneuh) allez, je m’aperçois que vous brûlez d’impatience et vais donc vous en dévoiler le secret car c’est tellement drôle qu’il serait dommage qu’une révélation, aussi mordante et risible ô possible, ne soit pas partagée.
Pour commencer, je m’adresse  à celles et  à ceux qui sont hors-jeu, c’est à dire les classifiés « has been » et les non-initiés qui ne savent pas encore prononcer ce mot avec élégance et de manière classieuse (d’après nos académiciens émérites bobos de référence de la culture, des connaissances, du savoir vivre et du bon goût), il est en effet possible d’aider vos cordes vocales en vous entraînant à émettre les sons et les syllabes appropriés de ce mot correctement en vous pinçant le nez. ( vous pouvez aussi vous aider d’ustensiles divers et variés selon les budgets, il y en a pour toutes les bourses, telle qu’une épingle à linge ou autres accessoires design en vous perforant le nez par 3 trous et en y introduisant 3 barrettes de couleurs différentes si vous souhaitez être très tendance et au top design pour célébrer le coup) 

Une fois la première étape franchie dans la prononciation, voici la seconde et la plus importante pour accéder au grand pouvoir du design. en effet ce fabuleux terme a une vertu magique qui peut bouleverser votre vie : le pouvoir du verbe tel qu’il est décrit dans la bible (bien qu’il ne soit pas un verbe dans ce cas particulier d’usage, il s’est avéré produire la même faculté, exception française sans doute de ce terme d‘origine anglophone, bref du franglish). dès lors que l’on sait prononcer avec grâce et clarté ce terme, il s’agit de canalyser toute son énergie karmique de ce que vous avez de plus orgueilleux et vaniteux en votre for intérieur afin de diriger toute l’énergie et le fluide pour que la magie se manifeste : le pouvoir de désigner le beau, le moderne, bref le design. Vous devenez la personne qui sait se distinguer et devenez l’unique centre d’intérêt.

Et oui, ces dandys et ces narcisses toutes catégories feraient n’importe quoi pour conforter leur ego. la formule magique est simple et toujours aussi efficace pour persuader les foules et les masses de naïfs bien plus nombreux qu’on ne le pense. il s’agit de désigner telle idée, telle personne, tel goût ou telle chose en la qualifiant de « moderne » une manière de s’autoproclamer « avant-gardiste » tout en insultant avec élégance quiconque de ringard sans en avoir à prononcer le terme. Il ne reste plus que deux options au ringard soit le rester soit rejoindre la cause de son maître à penser

 

 

 

 

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L’apprentissage de l’emploi précaire

L’apprentissage de l’emploi précaire

Par et

http://www.mouvements.info/spip.php?article298

TRAVAIL. Entretien avec Elsa Fayner, auteure de « Et pourtant je me suis levée tôt… », sur les conditions de travail des salariés précaires. Un univers absurde, aux gratifications irrationnelles, qui ne débouche sur aucune velléité de révolte. 18 juin 2008.

Pendant trois mois, vous avez été télévendeuse dans un centre d’appel, serveuse de hot-dog à la cafétéria d’Ikea et femme de ménage dans un hôtel. Vous en avez fait un livre. Pourquoi avoir choisi de travailler ainsi, en immersion, au côté de jeunes salariés précaires ?

C’était en janvier 2007, la campagne présidentielle avait commencé. Il y avait de gauche à droite, un consensus pour « réhabiliter » le travail et la « valeur travail », pour lutter contre « l’assistanat ». Autour de moi, plusieurs trentenaires voulaient partir travailler à l’étranger. La France était-elle sclérosée ? Y avait-il vraiment des gens démotivés, désincités à travailler ? Pendant la campagne on a aussi beaucoup parlé du SMIC, Nicolas Sarkozy affirmant : « Les classes moyennes sont désincitées à travailler pour gagner à peine plus que le SMIC, qui, lui, augmente chaque année, sans rapport avec les efforts des salariés qui le touchent… ». J’ai voulu aller y voir de plus près. J’ai travaillé en intérim, en CDD puis en CDI, mais toujours pour un SMIC. J’ai d’abord pensé à demander l’autorisation aux entreprises de venir enquêter en leur sein, mais je craignais qu’on ne me montre que ce qu’on voulait bien me montrer. Une série d’entretiens ? Il est souvent difficile de parler de son travail. J’ai donc opté pour l’immersion, en sachant bien sûr qu’il était hors de question de « se mettre dans la peau » de salariés précaires, mais juste de voir sous un autre angle leurs situations.


De l’ANPE aux entreprises, comment le monde du travail voit-il les jeunes ? Dans votre livre, la conseillère de votre agence d’intérim vous annonce que vous êtes prise pour quelques mois dans un centre d’appel : « Tu es contente ? » insiste-t-elle, comme si vous ne lui manifestiez pas assez votre reconnaissance… De page en page, on a l’impression d’une déresponsabilisation de ces jeunes, d’une infantilisation…

La moyenne d’âge de mes collègues était de 20, 25 ans. Les conseillères des agences d’intérim, les « managers » des centre d’appel avaient quasiment le même âge que les télévendeuses. Mais eux-mêmes infantilisaient les jeunes à qui ils avaient à faire ! J’ai été très étonnée de voir qu’ils croyaient à ces méthodes de management. Ils intégraient la méfiance de leurs aînés : « C’est un enfant, c’est un tire-au-flanc, ou un voleur » . Mais aussi : « Ce sont des enfants, donc nous allons les motiver en leur faisant des cadeaux. » Quand les télévendeurs parvenaient à vendre beaucoup d’abonnements téléphoniques aux clients qu’ils appelaient tout au long de la journée, ou quand ils gagnaient des « challenges » contre les plateformes de télévendeurs d’un autre centre d’appel, on leur offrait une boîte de Dragibus (de petits bonbons de toutes les couleurs, ndlr), des tickets à gratter de la Française des jeux, des pots de confiture… J’étais frappée par cette absence de rationalité. Les nouveaux arrivants étaient eux aussi choqués. À chaque fois que quelqu’un faisait une bonne vente, ou que l’équipe dépassait un certain objectif, nous devions tous applaudir. Je me souviens qu’un jour, une jeune arrivante, comme moi, ne l’a pas fait. La superviseur lui a lancé : « Vous voulez que je vous achète des mains ? ». Et du tac au tac elle a répondu : « C’est vrai que ça serait plus facile pour gratter les tickets de jeux… ». Mais les plus anciens – c’est-à-dire les salariés présents depuis six ou sept mois – adhéraient de plus en plus aux produits qu’ils devaient vendre. Si une cliente n’en voulait pas, ils parvenaient à se convaincre que c’était de sa faute à elle, qu’elle avait tort. Au fur et à mesure, les défenses tombaient. ll est plus facile de croire que si on ne gagne rien, c’est de la faute du client. Pas celle du manager.
La situation était parfois absurde : ces superviseurs de moins de 30 ans étaient parfois eux-mêmes en intérim… Et les jeunes que ces managers grondaient ou félicitaient avaient, à 22 ou 23 ans, un bac ou un bac +2 et déjà des longues expériences de travail. La plupart ont commencé à travailler dès le bac en poche, parfois pour financer des études plus longues. Et depuis 5 ou 6 ans, ils enchaînent les missions d’intérim d’un mois ou un peu plus, ce qui finit par faire pas mal d’expériences… Mais le rapport à l’autorité reste compliqué. Quand une superviseure nous a très sérieusement dit, que son surnom sur le plateau était « FBI », il y avait vraiment de quoi rire… mais parmi les jeunes téléopératrices personnes n’a ri. Il s’agissait de payer son loyer.

Dans le centre d’appel, quel était le rapport de ces jeunes femmes au travail et à la précarité ?

Elles avaient besoin d’un salaire, et pas trop le temps de s’appesantir sur leur « rapport au travail ». La plupart avaient un rapport problématique à l’école. On les sentait mal à l’aise sur les bancs de la formation de quelques jours, obligatoire avant la mission d’intérim. Comme si d’un côté il y avait ceux qui avaient l’autorité, et de l’autre, elles. Quand je leur ai fait lire le livre, avant sa parution, la plupart m’a dit : « Il faut que tu dises que ça va beaucoup mieux pour nous aujourd’hui ! ». En fait beaucoup étaient encore en intérim, mais elles veulent sans cesse positiver et ne se voient pas du tout comme des Cosettes. Sans doute parce qu’autour d’elles, tout le monde est à peu près dans la même situation, il y a peu de modèles alternatifs. Et malgré leur statut précaire, elles sont intégrées à la société de consommation, ne se vivent pas comme des exclues. Ce mode de vie précaire est devenu une habitude : elles vont à l’ANPE, à l’agence d’intérim, puis vont faire leurs courses au centre commercial à côté. La précarité n’est pas vue comme quelque chose de ponctuel. Certaines me faisaient part de leur expérience : « A l’agence (d’intérim, ndlr) d’Armentières, il n’y a rien, du coup, j’ai été à Lille. Moi je te recommande celle de tel endroit… ». Elles ont fait l’apprentissage de ce système d’emplois précaires, elles en ont une pratique régulière. Même si ça n’a pas été simple : l’une d’elle m’a confié qu’au début de son parcours de précaire, elle ne savait pas comment s’y prendre : « Une conseillère d’une agence d’intérim m’a expliqué qu’il fallait venir tous les jours la harceler, plutôt que de se contenter de laisser un CV et d’attendre d’être contactée. Il faut le savoir. Pour moi, ça ne se faisait pas, c’était du non-respect. »

On a l’impression à vous lire, que ce n’est pas tant un travail qu’on leur demande, qu’un « savoir-être », une expression qui revient souvent dans la bouche des conseillères ANPE ou intérim. Il faut réapprendre à parler, « se remettre en cause »… Une conseillère ANPE répond à un employeur, à propos d’un jeune candidat à l’embauche : « Il est parfait en savoir-être et je le recommande en savoir-faire, vraiment, c’est un bon petit gars ! »

Il faut bien « présenter », être ponctuel, savoir parler, résister au stress, savoir répondre à des situations conflictuelles avec les clients… mais ces compétences, plutôt relationnelles, si elles sont inscrites dans les annonces d’emploi, ne sont pas rémunérées. Comme si elles étaient innées. Au contraire, bien sûr, elles s’apprennent. Chez Ikea, on joue beaucoup là-dessus : « Ton savoir-être est unique » . Un exemple : « Ah ? tu aimes le dessin ? et bien on va te mettre au tableau du magasin ». Comme si ces postes ne relevaient pas d’une compétence technique. Du coup, s’il y a un problème à ton poste, c’est toi qui es en cause, c’est toi qui es atteint dans ton être.

Qu’avez-vous vu de la souffrance de ces salariés précaires ?

J’ai vu le visage des filles du télémarketing se creuser de plus en plus. Elles étaient épuisées moralement, elles avaient du mal à dormir la nuit. Leïla, une de mes collègues femmes de chambre, m’a dit un jour : « Je me sens vieille physiquement et moralement. » Elle avait des douleurs au poignet à force de frotter, elle avait mal aux jambes à force de rester debout. Moi-même je ne la considérais pas comme une « jeune ». J’ai appris qu’en réalité, elle n’avait que 28 ans. Dans le foyer de jeunes travailleurs où je logeais, je voyais chaque jour plus de personnes avec des bras dans le plâtre, des problèmes physiques. Oui ce sont des jeunes, mais plus tant que ça…

Quelles sont leurs perspectives d’avenir ?

Décrocher un CDI, passer manager, passer du sous-traitant à la maison mère. Pour certaines téléopératrices : travailler à la Redoute. Le siège est beau, c’est une vieille entreprise, c’est rassurant. Quand je leur demandais de me dire où elles se voyaient dans 10 ans, la plupart me répondaient « mariées ». Mais elles n’espéraient pas des boulots incroyables. Rien qu’un petit mieux, un salaire un peu plus élevé, un temps plein… Un poste stable surtout, et qui leur plaise.

Est-ce que vous avez perçu des envies de révolte ?

Aucun des jeunes que j’ai rencontré n’était militant. À l’hôtel, faute de syndicaliste, c’est le directeur adjoint qui était délégué du personnel, et également trésorier du CE. Un jour, un serveur a lancé à la cantonade, lors de la pause : « J’ai lu dans la convention collective qu’on devait nous donner une bouteille d’eau gratuitement pour le service ». Aucun de ses collègues n’a réagi. Il a fini par replonger le nez dans son assiette en disant : « C’est pas grave après tout. C’est bien comme ça ». Les filles du télémarketing votaient plus à gauche, mais plutôt par habitude. Dans l’hôtellerie, les jeunes étaient plus libéraux. Dans chacun des secteurs où j’ai travaillé, je n’ai pas vu de révolte. Les critiques portaient plutôt sur les personnes, jamais sur le système, jamais sur l’exploitation par les plus riches. Ces salariés étant eux-mêmes dans la consommation, à leurs yeux, ce n’est pas critiquable d’avoir de l’argent. Chez Ikea, comme souvent dans les grands magasins, les employés sont les premiers clients. Ils comprennent donc tout à fait que les visiteurs veuillent être servis et conseillés rapidement, qu’ils râlent s’ils doivent attendre ou si les produits s’avèrent de mauvaise qualité. Les supérieurs n’ont qu’à invoquer du coup le désir du client-roi, pour tout faire accepter au personnel. Comme dans la télévente, les “chefs” peuvent alors devenir des “managers”, qui “conseillent”, “aident” les employés à accomplir leurs tâches au mieux, au plus vite. Plus personne ne semble avoir donné l’ordre, l’autorité est diluée. Il est donc difficile de s’y opposer, de le contester. D’autant moins que les nouvelles organisations du travail insistent sur l’autonomie, la prise de responsabilité, la polyvalence, la faculté de chacun à atteindre les objectifs qui lui ont été fixés. Les mouvements ne sont plus chronométrés, il n’y a plus besoin de contremaître pour surveiller, chacun se débrouille comme il peut pour remplir ses missions, même si les moyens nécessaires ne lui ont pas été alloués. Conséquence : le salarié pense être personnellement responsable en cas d’échec, il a l’impression de ne pouvoir s’en prendre qu’à lui-même. Culpabilisation, dépressions parfois, s’ensuivent. On peut parler d’individualisation des contraintes, des risques. Les emplois du temps, les pauses sont également individualisés. Ce qui rend plus 
difficile les rencontres avec les collègues, le partage des expériences, les comparaisons. Et si ces risques individualisés sont réels, si la pression est bien accentuée, les tâches, elles, restent répétitives et pauvres en contenu dans une entreprise comme Ikea. L’autonomie promise, la prise de responsabilité ne concernent en réalité que les décisions aux conséquences limitées : l’ordre des tâches dans la journée, la répartition des instruments sur son plan de travail, bref des aménagements. Les décisions cruciales sont, elles, au contraire prises par des cercles de dirigeants de plus en plus restreints. Si certains clients confient admirer la “gestion démocratique d’Ikea” chacun se sert, les produits sont bon marché, l’ambiance est familiale, etc.-, il s’agit en réalité d’une image marketing savamment suggérée, et moins d’une véritable émancipation des salariés.


Propos recueillis par Sonya Faure